L’obésité est un excès de masse grasse entraînant des inconvénients pour la santé des
individus.
Pour définir précisément l’obésité, il faudrait être en mesure d’évaluer la masse grasse et de
situer le niveau à partir duquel la morbidité et la mortalité augmentent. Les méthodes de
mesure directe de la masse ne sont pas disponibles en routine. En pratique clinique, comme en
épidémiologie, on a recours à l’indice de masse corporelle (IMC) qui fournit une estimation
indirecte de l’adiposité à partir de deux mesures simples : le poids et la taille et l’indice de
masse corporelle (IMC).
L’IMC est le rapport du poids sur le carré de la hauteur (P/T2 kg/m2)
Une augmentation de la mortalité et de la morbidité liées à l’obésité se produit
significativement à partir d’un IMC de 30 (par exemple, 94 kg pour 1,77 m). Ce seuil de 30 a
été retenu pour définir l’obésité (tableau). À partir d’un IMC de 40, on parle d’obésité massive
ou morbide (par exemple, 125 kg pour 1,77 m). Le surpoids se définit par un IMC compris
entre 25 et 29,9. Ces définitions s’appliquent chez la femme comme chez l’homme jusqu’à
65 ans. Au-delà de cet âge, la définition de l’obésité n’est pas établie. Chez l’enfant, la définition
de l’obésité repose sur d’autres critères.

Limites de la définition
Ces définitions fondées sur la notion de risque pour la santé lié à l’obésité ont été établies à
l’échelle de populations. Elles ont une valeur prédictive individuelle faible et risquent d’enfermer
la réflexion médicale dans le cadre étroit, et en partie arbitraire, du “poids idéal théorique”.
Elles ne prennent pas en compte d’autres éléments comme :
l’âge de constitution de l’obésité et son ancienneté ;
la rapidité de la prise de poids
la composition corporelle et la répartition du tissu adipeux qui sont susceptibles de
modifier la relation IMC-morbidité.
La composition corporelle : masse grasse et masse maigre
La composition corporelle peut être très différente d’un individu à l’autre. Pour un IMC situé
dans les valeurs habituelles, la masse grasse représente en moyenne 20 à 25 % du poids chez la
femme et 10 à 15 % chez l’homme. C’est dire que, si l’IMC représente pour l’épidémiologiste et
le clinicien l’élément de référence, celui-ci ne suffit plus dans les situations où une mesure
précise de la masse grasse est nécessaire en recherche clinique (3).
L’étude de la composition corporelle chez des sujets obèses, peut être pratiquée par
impédancemétrie monofréquence, voire multifréquences, s’il est nécessaire d’avoir une
appréciation du volume des liquides corporels, ou par absorptiométrie biphotonique qui reste la
méthode de référence. Le choix d’une méthode repose en fait sur différents critères, en
fonction de l’objectif recherché : masse maigre, masse grasse dans sa globalité, ou analyse de la
masse grasse de la partie supérieure ou inférieure du corps, ou nécessité d’analyse des volumes
liquidiens. Il devrait être pris en compte la précision de la méthode, son coût, sa facilité de
réalisation et l’acceptabilité par le sujet.
a) L’impédancemétrie bio-électrique
L’impédancemétrie bio-électrique, initialement proposé par Thomassé en 1962, a surtout été
préconisée pour la mesure des secteurs liquidiens de l’organisme. Elle consiste à faire passer un
courant alternatif de faible intensité d’une ou plusieurs fréquences. La mesure de la résistance
(impédance) à ce courant, permet en effet d’extrapoler l’eau corporelle et donc la masse
maigre, en admettant un facteur d’hydratation constant. La masse grasse est alors calculée par
soustraction. Le poids, la taille, l’âge, le sexe sont nécessaires pour obtenir ces résultats à partir
des diverses équations prédictives proposées.
Les appareils monofréquence permettent une évaluation de la masse maigre et de la masse
grasse dans leur globalité.
Les appareils multifréquences permettent une évaluation en plus de l’eau extracellulaire et de
l’eau intracellulaire. Ces méthodes, peu coûteuses, largement répandues, nécessitent néanmoins
des conditions d’applications très standardisées.
Les formules de prédictions établies pour estimer la masse maigre ne sont bien sûr utilisables
que pour une population donnée. Elles ne sont que rarement validées chez des sujets
présentant une situation pathologique : un excès de poids, une dénutrition, un âge avancé. Elles
sont néanmoins utiles pour une analyse de la masse grasse et de la masse maigre à l’échelon
d’une population. Les appareils valides proposent une erreur
totale de mesure de la masse grasse en % inférieure à 3,5 %.
Elles sont souvent prises à défaut à l’échelon de l’individu. Des variations de mesures sont
également importantes entre les différents appareils et ne permettent pas de comparaisons de
résultats entre les différents groupes étudiés avec les différents appareils. L’impédancemétrie
peut être difficile à utiliser dans les cas d’obésités avec un IMC supérieur à 40 ou des erreurs de
mesures sont, le plus souvent, supérieures à 5 % et d’interprétations délicates. Les équations
prédictives d’impédancemétrie sont validées chez les patients ayant un IMC inférieur à 35 et non
applicables pour des IMC supérieurs.
L’appréciation de la masse grasse totale et de la masse maigre totale par impédancemétrie est
néanmoins plus exacte que celle obtenue par le calcul de l’IMC (4).
Dans les états de la masse maigre élevée, l’impédancemétrie multifréquences permet de
différencier une expansion d’eau totale, des liquides extracellulaires, d’une masse musculaire
élevée.
Dans les cas de masses maigres basses, il peut être utile de rechercher une diminution des
liquides extracellulaires, de préciser le niveau d’activité physique quotidien, de rechercher une
variation de la mobilité, ou de rechercher les causes physiologiques, médicales ou pathologiques
de masses musculaires basses.
b) L’absorptiométrie bi-énergétique
L’absorptiométrie bi-énergétique qui est utilisée en densitométrie osseuse depuis 1990, peut
maintenant permettre une analyse de l’image densitométrique du corps entier et l’analyse de la
composition corporelle globale et de sa distribution régionale. L’absorptiométrie bi-énergétique
ou dexa permet en effet de mesurer simultanément la composition corporelle en termes de masse
maigre, de masse grasse et de masse calcique. Elle a l’avantage d’être reconnue comme précise,
permettant la mesure de la masse maigre et de la masse grasse au gramme près, reproductible,
avec un coefficient de variations intra-individus inférieur à 2 %, quelles que soient les régions du
corps, aussi bien en termes de masse maigre que de masse grasse, le même chez les sujets obèses.
Les inconvénients sont évidents : le coût d’acquisition de l’appareillage. Même si cette technique
fait appel aux rayons X, l’irradiation en est négligeable, ce qui autorise, si nécessaire, des examens
répétés. Il s’agit néanmoins d’un appareil lourd, installé dans des unités contrôlées en radiations
ionisantes. Le poids du sujet est limité à 150 kg, un positionnement rigoureux étant nécessaire
pour obtenir une bonne reproductibilité. Il n’existe pas actuellement de standardisation entre les
différents fabricants d’appareils et les algorithmes de calcul de composition corporelle sont
différents.
c) La détermination des normes
Des études ont été publiées pour apprécier les valeurs moyennes de masse maligre et de masse
grasse totales dans différentes populations en bonne santé : enfants, adolescents, sujets âgés,
hommes et femmes de 25 à 65 ans à IMC allant de 20 à 40 (4). Les différences interethniques, en
fonction du sexe, de I’àge et de la corpulence, ont bien sûr été observées. Ces normes sont
indispensables pour exploiter les résultats de l’examen au niveau du patient et pour déterminer si,
en fonction de la corpulence, la masse maigre est effectivement proche de la valeur moyenne, ou
basse ou élevée et définir ainsi un état pathologique de composition corporelle. La dexa permet
également l’analyse de la répartition du tissu adipeux au niveau des bras, du tronc, par rapport aux
membres inférieurs. Il est possible d’apprécier la graisse de la partie supérieure du corps en
pourcentage par rapport à la masse grasse totale ou la graisse dans la partie inférieure du corps
par rapport à la masse grasse totale, ou le rapport masse grasse de la partire supérieure du corps
par rapport à la masse grasse de la partie inférieure du corps.
Les méthodes de mesures de la composition corporelle peuvent être utiles dans les cas où la
mesure de corpulence ou le tour de taille peuvent être prise à défaut : variation de la hauteur, de
la masse musculaire, de la posture, état oedémateux, ou pour faire la part entre plusieurs facteurs
de variations de poids.
d) Appréciation des dépense énergétiques journalières de l’individu :
Les techniques de mesures de composition corporelle permettent une appréciation individuelle
des dépenses énergétiques de repos, sur 24 heures, plus exactes que celles obtenues à partir de
formules établies à l’échelon d’une population en fonction de l’âge, du poids et de la taille.
L’évaluation de la dépense énergétique liée à l’exercice physique peut être appréciée par
interrogatoire ou des questionnaires spécialisés. Il est ainsi possible d’obtenir. une appréciation
vraisemblable des dépenses énergétiques sur 24 heures du sujet (3). Ces données peuvent être
une aide à la prescription d’un moyen thérapeutique, peuvent faire partie du bilan de l’évaluation
nutritionnelle d’un sujet en excès de poids. Ces résultats permettent une meilleure définition
individuelle de la surcharge en masse grasse lors du bilan préthérapeutique ou du suivi des
traitements disponibles de la surcharge pondérale ou de l’obésité.
Les IMC atypiques
Il existe en effet des individus ayant un IMC supérieur à 30 et une masse maigre basse, qui sont
plutôt de type sarcopéniques, qui peuvent être observés dans plusieurs situations : des traitements
corticoïdes, une inactivité prolongée, un hypogonadisme, des maladies neuromusculaires, qui
nécessitent bien sûr une prise en charge spécifique visant à augmenter la masse musculaire. A
l’opposé, il y a des situations de sujets ayant un IMC supérieur à 30 et une masse maigre élevée,
qui peuvent être observés lors de l’utilisation de médicaments anabolisants, d’hyperandrogénie,
d’exercices physiques de haut niveau. Ces cas correspondent à de fausses obésités.
Enfin, il peut être particulièrement utile de mesurer la composition corporelle des sujets en excès
de poids, ayant une corpulence élevée, dans une situation clinique atypique, devant une phase de
stabilité sous restriction calorique modérée contrôlée, devant une résistance de perte de poids ou
devant une reprise pondérale difficile à expliquer...
Le tour de taille : > 88 cm chez la femme, > 102 cm chez l’homme
L’IMC sert plus à caractériser des groupes que des Individus et ne remplace certainement pas
l’examen clinique qui permet d’apprécier l’importance et la distribution de l’adiposité. La circonférence
de taille, mesurée à mi-distance entre l’épine iliaque antérosupérieure et le rebord
costal sur la ligne médio-axillaire, est le critère le plus simple pour évaluer l’adiposité abdominale.
La définition actuelle de l’obésité abdominale est un tour de taille supérieur à 88cm chez la femme
(hors grossesse) et 102 cm chez l’homme (5). Le tour de taille ne distingue pas les dépôts adipeux
sous-cutanés et viscéraux : seul le scanner abdominal permettrait d’étudier la graisse intraabdominale.
Vous pouvez calculer votre IMC sur automesure.com